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Nucléaire, le casse-tête chinois

En voyage officiel en Chine du 5 au 8 décembre, Jean-Marc Ayrault, accompagné d’Arnaud Montebourg et des patrons d’EDF et d’Areva, a vanté le savoir-faire français en matière de nucléaire. Exercice de haute voltige au moment où la France veut réduire sa part de nucléaire tout en réindustrialisant et développant ses exportations.

Pose du dôme du réacteur EPR Taishan 1 en octobre 2011

Pose du dôme du réacteur EPR Taishan 1 en octobre 2011 (connaissance des énergies)

En France, François Hollande l’a promis, la part du nucléaire sera de 50% dans la production d’électricité en 2025, elle est aujourd’hui de 75%. En parallèle, la Chine voit, elle, les choses en grand : 17 réacteurs déjà opérationnels et 30 de plus sont en construction. Du propre aveu du Premier ministre français : « le parc chinois devrait être de la même taille que celui de la France en 2020 ».

Une « coopération gagnant-gagnant »

Dans ces conditions, on comprend l’empressement d’Henri Proglio et de Luc Oursel, les PDG d’EDF et d’Areva, de louer la qualité du « partenariat » franco-chinois instauré dans le nucléaire depuis 30 ans. Les perspectives sont en effet réjouissantes, d’autant que la compétence française est déjà bien identifiée : quatre réacteurs en exploitation sont de conception française, et plus de 400 ingénieurs chinois ont été formés par le CEA.

Les entreprises françaises comptent donc pousser leur avantage : construction des réacteurs 3 et 4 sur le site de Taishan (où deux EPR de conception française sont assemblés par les entreprises chinoises), implantation d’usines de retraitement des déchets et de production de zirconium, et développement des contrats de fourniture d’uranium. Cerise sur le gâteau, la mise au point d’un réacteur franco-chinois de moyenne puissance (1 000 MW) n’est plus un sujet tabou. En plus du volet technologique, EDF associe également les entreprises chinoises au financement des futurs EPR britanniques, donnant une nouvelle visibilité à ces géants en devenir.

Ne pas reproduire les erreurs du passé

Une certaine fébrilité se ressent néanmoins côté français, car les industriels n’ont pas oublié la manière dont la France est elle-même devenue un acteur de premier plan du nucléaire. Ils se souviennent en effet que les premiers réacteurs français ont été construits grâce aux savoir-faire américains. L’erreur de Westinghouse et de General Electric a été de ne pas être capables de se maintenir durablement dans la montée en puissance du programme français. Cette erreur la filière nucléaire française ne veut pas la reproduire en Chine. Arnaud Montebourg le dit clairement, l’objectif est « d’éviter d’être des concurrents mais des alliés ».

Le patron d’EDF considère que le programme chinois a permis à son entreprise de « de garder la maîtrise de l’ingénierie à un moment où la France ne fabriquait plus de centrales ». Les retards de l’EPR de Flamanville comparés à la bonne avancée de ceux de Taishan démontrent cependant qu’en l’absence de projets industriels en France, une partie du savoir-faire s’est déjà perdue.

Faute de penser clairement l’avenir du nucléaire sur le sol français (renouvellement, prolongation, démantèlement…), l’écosystème hexagonal risque de définitivement s’appauvrir, à l’image de l’Allemagne.

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