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Quel avenir pour les éoliennes françaises ?

éolienne contre-jour ciel

Jacques PALUT – Fotolia

Avec la dynamique actuelle, la France n’atteindra pas son objectif d’installer une capacité de 20 GW sous forme d’éoliennes terrestres d’ici 2020. C’est le constat du bilan prévisionnel 2013 de l’équilibre offre-demande d’électricité. De plus, plusieurs polémiques ont écorné l’image des éoliennes ces derniers temps. Le ciel semble donc s’assombrir pour cette énergie. Pourtant, après deux années de morosité, les signaux positifs existent.

Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain

A la différence du mirage des petites éoliennes pour les particuliers, les projets de dimension industrielle sont en bonne voie.  La France a, cette année, assoupli le dispositif légal (fin de la règle des cinq mâts…) pour la construction de ce type d’équipements, dégageant la voie aux projets terrestres. Surtout, la mise en chantier des premiers grands champs éoliens offshore le long des côtes françaises pourrait constituer la locomotive dont la filière a besoin. Alstom, qui vient d’inaugurer en Belgique la plus grande éolienne maritime du monde (170 mètres de haut), a ainsi décidé d’implanter sa fabrique d’éoliennes géantes à Cherbourg.

Le financement public des éoliennes a du plomb dans l’aile…

Cette dynamique est cependant remise en cause, depuis quelques mois, par la Commission européenne qui a émis de sérieux doutes sur la compatibilité des subventions françaises à l’éolien avec le droit européen de la concurrence. En France, la CSPE (la taxe qui finance les prix d’achat garantis pour les énergies renouvelables) fait aussi régulièrement grincer des dents, d’autant plus qu’elle est appelée à augmenter considérablement à court terme.

Ce problème du financement n’est pas franco-français. L’Allemagne vient d’appuyer sur la pédale de frein, révisant très nettement à la baisse ses ambitions en matière d’énergies renouvelables. Les éoliennes terrestres et maritimes sont ainsi les premières visées.

C’est dans ce contexte que la Commission européenne (dont l’objectif est tout de même de porter à 20% la part des énergies renouvelables en 2020) planche sur de nouveaux moyens de soutenir l’éolien sans que les Etats y laissent leur chemise. Deux solutions sont principalement évoquées :

  • Les producteurs d’électricité renouvelable vendent au prix du marché mais reçoivent une prime garantie. Ils n’ont dès lors plus intérêt à produire quel que soit le cours de l’électricité comme c’est aujourd’hui le cas (on a ainsi vu pour la première fois apparaître des prix négatifs en France en 2013).
  • Les usagers sont contraints d’acheter un quota d’électricité verte. Par contre, ils choisissent de quelle source renouvelable l’électricité provient, de sorte que c’est logiquement la plus compétitive qui devrait être privilégiée.

… mais les initiatives citoyennes ou privées offrent de nouvelles perspectives

Au moment où le régime d’aides au secteur pourrait être profondément modifié, de plus en plus de collectifs citoyens se créent pour financer des éoliennes de grande dimension. Manière pour les riverains de s’approprier ces projets, ces financements citoyens correspondent tout à fait à la logique des quotas sur lesquels travaille l’Union européenne.

De même, de grandes entreprises comme Volkswagen ou BMW ont bâti leurs propres éoliennes pour approvisionner leurs usines allemandes. Pour l’heure, l’autoconsommation n’est pas valable en France, car il est plus intéressant de vendre l’électricité verte que de la consommer soi-même. Mais si le système des prix garantis disparaît, l’autoconsommation pourrait devenir avantageuse grâce aux coûts d’utilisation quasi nuls des éoliennes (une fois la construction payée, le vent est gratuit).

L’éolien français est à un tournant. Le rythme actuel des constructions d’éoliennes n’est pas suffisant pour atteindre l’objectif de 2020. Par contre, les nouvelles manières de financer sont à même de pérenniser le secteur en lui donnant une meilleure assise économique. On peut dès lors espérer qu’au-delà de 2020, les éoliennes deviennent une solution énergétique viable.

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Discussion

Une réflexion sur “Quel avenir pour les éoliennes françaises ?

  1. Un ensemble de remarque :
    – Le vent n’est jamais gratuit, il faut un contrat de maintenance solide auprès d’un société ayant une taille suffisante pour rentabiliser les équipements lourds nécessaire pour une réparation en cas de casse, et ne pas risquer de payer tout plein pot pour une réparation unitaire. Compter sur la chance, c’est risquer des coûts disproportionnés, il y a des gens qui se sont retrouvé ainsi à envisager sérieusement tout abandonner et envoyer l’éolienne à la casse tellement le coût de la réparation peut alors être important.
    Et suivant les sources, le coût de ce type de contrat varierait entre 10 et 20€/MWh.
    – L’offshore apparait de moins en moins comme une voie d’avenir. Partout c’est extrêmement cher, les projets français sont payés à plus de 200€/MWh et en Angleterre, les subventions ont beau être là aussi généreuses à £155, elles ne sont pas suffisante pour empêcher RWE de se retirer d’un projet, et Centrica de menacer de sortir d’un autre. Du coup, la promesse de descendre à £100 d’ici 2020 parait très hypothétique.
    – L’abolition de la règle des 5 mats, c’est certainement une idée géniale pour ceux qui ont du mal à trouver des emplacements assez grands pour 5 mats, ou qui n’ont pas financièrement les épaules pour un projet plus lourd. Mais ça conduit à une dispersion des éoliennes pas vraiment propice à l’efficacité, très probablement plus proches des habitants ce qui risque au final de se retourner contre les promoteurs, et nécessitant une infrastructure de raccordement électrique qui n’est probablement pas rentabilisée par le volume produit. En plus le manque d’expérience/envergure de ceux qui se lanceront plus facilement dans ce type de projet risque de se payer cash.
    – Les prix négatifs sont en fin de compte relativement rares, et sur une courbe production/prix de vente, on voit que ce sont des « outliers », probablement plutôt des évènements liés à une surproduction imprévue un week-end ou une semaine de congé où le marché est mal régulé. Or dès que le prix est positif, l’intérêt est de vendre même sans prime garantie. La réforme ne changera donc pas tant les choses en ne supprimant que un phénomène pas si fréquent, sans changer l’équilibre normal.

    Pour la CE, il serait beaucoup plus intéressant de renoncer un peu aux énergies vertes dans l’électricité, et considérer plus le reste. Quand on utilise la biomasse pour générer de la chaleur, c’est 3* plus efficace que pour générer de l’électricité, un énorme effet levier pour avoir des résultats vite. En France, où le secteur électrique ne représente que 6% de nos émission, soit 30 Mt, alors que l’objectif de réduction final est de 170 Mt, impossible de ne pas se dire que l’UFE a raison de déclarer que nos moyens limités devraient en priorité aller ailleurs.

    Publié par jmdesp | 27 novembre 2013, 5:09

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