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Le débat sur la transition énergétique est-il démocratique ?

« 33 sièges réservés aux écologistes et seulement 8 pour les patrons ». C’est le décompte fait par un chef d’entreprise lors de la table-ronde sur l’énergie de la conférence environnementale. La liste officielle des participants ne semble, en apparence, pas si déséquilibrée, mais c’est sans compter les double-casquettes de nombreux participants.

En se calquant sur la conférence sociale et y ajoutant quelques ONG, le gouvernement pensait sans doute, de bonne foi, que toutes les
positions seraient représentées avec :

  • Un collège des syndicats : CFDT, CFTC, CGT.
  • Un collège des employeurs : MEDEF, FNSEA, CGPME.
  • Un collège des ONG environnementales : Fondation Nicolas Hulot, Greenpeace, WWF, Les Amis de la Terre etc…
  • Des élus nationaux et locaux.

Les organisateurs auraient dû néanmoins soupçonner qu’une telle division risquerait d’être inappropriée pour un débat allant au-delà des traditionnels antagonismes entre patrons et salariés.

Pire, à la lecture plus précise de la liste des personnes présentes à la conférence environnementale, le débat sur la transition énergétique semble mal parti pour permettre l’émergence d’un consensus.

Quasi-absence des champions nationaux de l’énergie à la table-ronde sur l’énergie

Premier paradoxe, les ONG notoirement anti-nucléaires ont été surreprésentées (Greenpeace, Les Amis de la Terre etc.), tandis que leurs « adversaires » directs (EDF, Areva…) étaient absents ! Le seul professionnel lié, indirectement, à la filière électronucléaire était Jean-François Raux, délégué général de l’Union Française de l’Electricité.

De même, pour débattre de l’évolution du réseau électrique, ERDF qui représente tout de même 95% de l’activité de distribution électrique n’a pas non plus été convié. Pourtant l’entreprise de service public aurait pu échanger utilement, par exemple, avec Philippe Dutruc, à la tête d’une entreprise locale de distribution d’électricité (Séolis).

Seule exception, à défaut d’être présent à titre officiel, l’oreille et la voix de GDF-SUEZ était présente en la personne de Frédéric Hug, expert pour le compte du MEDEF.

Les ONG, représentantes de l’intérêt général ou d’intérêts particuliers ?

Côté ONG, le gouvernement s’est contenté de renvoyer les cartons d’invitation aux mêmes adresses qu’il y a cinq ans, s’en tenant aux membres du Conseil national du développement durable et du suivi du Grenelle de l’environnement (CNDDGE). Pour autant, l’on a assisté à un intense mercato des places autour des tables-rondes. Ainsi, on retrouve dans le collège des ONG, Marc Jedliczka et Raphaël Claustre, présentés sous l’étiquette « Humanité et Biodiversité ». Pourtant , ces deux personnes ne sont pas membres de cette ONG, qui leur a cédé la place, mais sont respectivement vice-président et directeur du CLER (Comité de Liaison des Energies Renouvelables). Cette organisation a la particularité de représenter à la fois des acteurs ayant des activités à but non lucratif et des entreprises.  Résultat, ce lobby des industries des énergies renouvelables a donc pu défendre ses intérêts dans la catégorie ONG.

Pourquoi un tel jeu de chaises musicales ? L’enjeu est de taille pour les ONG, d’après Arnaud Gossement : il s’agit d’apparaître auprès des décideurs publics comme des interlocutrices privilégiées pendant les cinq prochaines années.

Les invités surprises

Fait du prince, le gouvernement a distribué des sièges supplémentaires en fonction de son bon vouloir. On peut y voir un signe de recherche d’un équilibre des débats mais cette logique n’a pas été menée jusqu’au bout.

Invitation de Frédéric Loos, le président de l’Ademe, fort bien. Mais quid de la CRE (Commission de Régulation de l’Energie) dont l’expertise serait également utile à la qualité des discussions ? Alors que l’on constate que certaines positions ne sont pas représentées, il existe aussi des doublons. Par exemple, le syndicat des énergies renouvelables (SER) est représenté par son président Jean-Louis Bal mais aussi, indirectement au travers de la FIEEC (Fédération des Industries Electriques, Electroniques et de Communication), dont le SER est membre.

 

Ainsi, conçue comme la première étape d’un débat sur l’énergie qui va s’étaler sur plusieurs mois, cette conférence environnementale laisse le sentiment de ne pas avoir été assez préparée. Comment engager un dialogue et une réflexion sur l’évolution du mix énergétique quand des parties prenantes essentielles ne sont pas conviées ?

En tout cas, prévient Laurence Parisot, la prochaine fois « si les industriels de l’énergie ne sont pas à la table, elle n’y sera pas non plus ». Ce chantage suffira-t-il à  convaincre le gouvernement de faire preuve de plus d’équité et de transparence sur les intérêts réellement défendus par chaque participant ? L’avenir nous le dira.

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